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SELECTED Nicolas Dhervillers -

Nicolas Dhervillers - "Série Tourists" 2010

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€5,500.00

Tourists
2010

1/3
Photographies sous diasec mat
édition 3 + 2EA

 

87,5x 110 cm (118x143 encadré)

 Des touristes débarqués de Miami Beach où du Mexique, de Moscou ou de Vladivostok se retrouvent seuls au monde, déracinés. Un monde impossible à cartographier tant les repères sont bouleversés, tant ce monde semble tout aussi invraisemblable que ces nouveaux habitants. Cette série pose la question de savoir pourquoi produire de nouvelles images alors que toutes semblent d’ores et déjà avoir été faites, multipliées, reproduites. La réappropriation d’images existantes, mises à la portée de tous en un simple clic est une des multiples réponses. Contrairement à la série Nuit Américaine où le titre des images «Colorado xx» renseigne sur la géographie des lieux représentés (en fait un leurre, les images ayant été prises dans le sud de la France), la première idée de ce nouveau travail a été de faire basculer des images que j’avais réalisées à tendance pictorialiste en pleine nuit, afin d’y faire naître cette fois un non-lieu. C’est à dire une sorte de «zone» (référence au film Stalker du cinéaste Tarkovski), un endroit secret, spirituel, voire dangereux. Le ré-éclairage, ponctuel, concerne aussi bien certaines parties d’une nature devenant dénaturée, presque surnaturelle, que ces sujets situés dans l’image. Le genre d’image le plus répandu sur le web est sans conteste la photo de voyage, de famille, touristique, bref, la photo souvenir. J’ai ainsi procédé à un «casting» universel en «googlisant» les portraits de personnes anonymes à partir du moteur de recherche pendant des heures, en traquant l’image la plus banale qui soit. Décontextualisés, «mes» touristes visitent ces images, et donnent à réfléchir sur ce qu’ils sont par nature: aventuriers ou « spectateurs ». Ils ne sont sans doute pas préparés à entrer dans cette «zone» ou tout est possible. Ils sont esclaves d’un moment de pause, rescapés du système Internet par erreur, dans un univers entre la science-fiction et la sorcellerie, entre la peur et la foi. Le hors-champs est tout le temps suggéré, par la présence d’une forte lumière latérale. Ces touristes semblent être en recueillement, entre absence et présence. Si la croyance en ces images passent très bien de prime abord, il ne s’agit que d’un simulacre, car si on se penche plus en détail sur ces photographies on ne saurait qualifier cette impression de lumière, celle-la même qui jaillit d’un endroit que nul ne pourrait reproduire en réalité. En extrapolant un peu, on pourrait voir en ces personnages l’expression d’une libération conditionnelle. Ils se sont échappés de la caverne, au sens philosophique platonicien du terme, et rencontrent à présent le «vrai» monde, paradoxalement aveuglant.

 

Dans le travail de Nicolas Dhervillers tout n’est qu’affaire d’illusions, ou plutôt de projections : scènes débridées de la vie quotidienne, appropriation futuriste des espaces d’un musée, visions apocalyptiques, romances en flash back… Nicolas Dhervillers construit ses images comme le ferait un réalisateur, soucieux de la pose, de l’éclairage et du décor. Formé au théâtre et au cinéma parallèlement à des études de photographie, il  forge son œuvre sur les notions de simulacre et de mise en scène… sans renier une certaine spontanéité.

Des décors architecturaux aux paysages picturaux, la lumière est là pour détourer, révéler, jusqu’à organiser scéniquement la composition. La série Landscape Painting présentée à Paris en 2008, à Nantes et  à Séoul en 2009, expérimente à l’extrême cette dramaturgie visuelle. A l’instar de Gustave Le Gray au milieu du XVIIème siècle, Nicolas Dhervillers opère par collage, en assemblant terre et ciel dans une fiction surnaturelle. « Ces images théâtralisées créent le trouble, sortant du champ de la réalité pour intégrer un autre espace, celui du montage, de l’illusion, celui de la mise en scène ». (Christophe Cesbron, in. Wik, janvier 2009)

Incarner, simuler, voici le défi que lance Nicolas Dhervillers au public du Centre Pompidou à Paris, dans le cadre de sa commande pour le nouveau Centre Pompidou Metz en mai 2009. Dans un studio improvisé, totalement dénué d’oeuvre, trois cents cinquante volontaires ont interprété spontanément les attitudes des visiteurs du futur musée messin. Nicolas Dhervillers réalise Préfiguration, une quinzaine de photographies qui par incrustation numérique, associe le public parisien aux espaces en chantier du Centre Pompidou-Metz.

Avec la série Tourists en 2010, Nicolas Dhervillers reçoit deux distinctions : le Prix du jury Arcimboldo qui récompense la photographie numérique et le Prix Presse Zoom remis par Jean-Luc Monterosso. Son travail rencontre alors un large public notamment lors de sa rétrospective au Salon de la Photographie. Dès lors, les expositions s’enchainent: Bibliothèque Nationale de France, Galerie du Jour Agnès B, Festival International en Corée, Centre d’art en Suisse…

Dans Tourists, l’artiste combine deux innovations: la  nuit américaine en photographie en référence à Truffaut, et le casting libre sur internet. Les individus d’un système globalisant se retrouvent pris au piège, esseulés, dans un décor luxuriant, sauvage. Nicolas Dhervillers revient ici sur l’essence de la photographie, son histoire, empruntant diversement au cinéma, au théâtre mais surtout à la peinture, aux flamands comme Paul Bril, van Ruysdael, Hobbema et aux précurseurs de l’impressionnisme avec Constable, Turner, Monet.

Pauline Guelaud, 2011

Nicolas Dhervillers - "Série Tourists" 2010